GR0N !

Super Hexagon, ou la promesse de l'aliénation

Ça n'a duré que quarante secondes. Une, ou peut-être deux fois. Trois ? J'ai atteint l'état de grâce. Je ne compte plus le nombre de mes tentatives. Chacune plus hypnotisante que l'autre. Je suis là, assis à mon bureau, la manette entre les mains, à contempler cet hexagone fluorescent qui pulse au milieu de l'écran de mon ordinateur. Le rythme de la musique m'emporte, même si dès que la mélodie cesse pour repasser à un rythme brut et électronique je ne peux cacher mon déplaisir. Je suis un abruti, la tête vide, les yeux surement vitreux, devant l'hexagone.

C'est un bien étrange objet qu'a créé Terry Cavanagh, ayant déjà commis VVVVVV. Même esthétique dépouillée des premiers temps du jeu vidéo, un fond noir sur lequel se découpent des couleurs criardes. Même difficulté, qui pendant les deux heures que j'ai passé sur le jeu en deux jours m'a dégouté autant qu'attaché. Le design est simple et élégant : des lignes, et des polygones brisés tombent sur la tronche de la flèche qui court sur l'hexagone central. Tout tourne, toujours, tout le temps. C'est à vomir tellement ça tangue. Et pourtant, pourtant, je ne peux en décrocher les yeux, retentant à chaque échec d'entendre la voix féminine qui me dira enfin "Hexagon!", signe que j'ai triomphé du niveau.

Vingt minutes passent si vite à recommencer inlassablement cette courte expérience, cet échec continu. Et pourtant, ce n'est pas cela que je recherche. Je l'ai déjà trouvé, certes, mais je voudrais le retrouver. Cette perte de moi-même, figé entièrement, n'ayant que deux doigts et un cerveau en mouvement, les premiers totalement autonomes du second. Les index sur les gâchettes de la manette réagissent comme par réflexe, ayant bouffé de longues secondes d’entrainement. Car la seconde est longue, une dizaine est une éternité quand l'on ne cherche qu'à décrocher la minute. Et j'échoue, encore, à cinquante. Et j'échoue, encore, à retrouver ce sentiment.

Ceci n'est pas vraiment un succès

La vague à l'âme ou l'âme qui vagabonde ? Comme emporté par le mouvement de la chose, mon esprit se fait la malle, laissant mes muscles au contrôle automatisé de l'engin. Je pense, à autre chose, à ce que j'ai vécu, à ce que je peux en dire... L'éclat de lumière, une phrase, des mots, une envie. J'attrape bloc-notes et crayon, et alors que la flèche s'écrase c'est une idée qui nait sur le papier. J'ai retrouvé le gout, comme par magie, d'écrire. Autre chose. Quelque chose de personnel, quelque chose qui me fait. C'est étrange, cette larguée des amarres vers un univers... De symboles, oui. Certains flous, d'autres non. Des souvenirs, des pensées, des répétitions, un état d'esprit...

Je m'immerge. Non pas dans le jeu, mais en moi-même. J'ai perdu tout repère autre que le fil de ma pensée, de mes souvenirs, de mes sentiments. Il est rugueux entre mes mains mais ce ne sont pas mes doigts que j'écorche à l'agripper. Je suis perdu, pendant quarante secondes, une ou deux fois. Les vagues des formes continues, ininterrompues même dans l'échec quand mon pouce, sûr de lui, clique sur le bouton vert pour relancer la partie, sans même attendre de voir si mon score fût bon. Je n'en ai cure, quoique ma fierté blessée par la défaite aimerait avoir enfin compté jusqu'à soixante-et-plus. Elle est mal placée, la gueuse, toujours humiliée mais revancharde, elle semble persuadée qu'elle peut y arriver encore une fois, puis les fois suivantes jusqu'à triompher des six tableaux. Pour le moment, ce n'en est que d'un dont elle se pare, mais un seul n'est pas assez pour prouver sa valeur.

Tout vient à point à qui sait failer

Me mesurer à la forme m'a-t-il rassemblé, redessiné un contour à toutes ces idées qui ne font que fuir, m'échapper à chaque fois que je veux m'y atteler ? La réponse sera décevante : je n'en sais fichtre rien. J'écris alors de façon quasi automatique, collant les mots à la suite des autres comme une mitraillette, le plus vite possible, de peur que ne s'envole avant que je l'ai punaisé sauvagement le papillon délicat et néon flashy de cette expérience étrange. Mais au lieu de faire ça, je devrais plutôt me remettre à écrire ce que j'ai, en quelque sorte, "vu" dans cette hallucination. Oui, c'est possiblement le mot. Je pense avoir trouvé un psychotrope numérique dans ce jeu d'arcade...

Ça y est, je perds les mots, le fil glisse de mes mains et l'hésitation vient à chaque nouvelle frappe sur le clavier. Le fluide se vautre lamentablement, se fige en une grotesque merde. Le silence m'envahit alors que la mémoire des bip bip endiablés s'efface. Il faut travailler maintenant.

Ça n'a duré que quarante secondes. Une, ou peut-être deux fois peut-être. Et je jetterai encore de longues minutes de ma vie à poursuivre cette étrange vérité.

Légendes du mythe de Cthulhu, ou Hello Cthulhu

J'ai honte, cette blague est vieille. Presque aussi old que le bouquin que me prêta l'ami Aeden, breton notoire et geek velu. Sentant bon le papier poussiéreux qui fait éternuer de partout, cette petite édition de poche à la couverture est colorée d'un gris violet qui, même à l'époque de sa publication, devait être d'un goût assez douteux. "Décembre 1990" est indiqué à la dernière page du tas de feuilles reliées. Cela date donc du siècle dernier, un texte antique, assurément, mais pas autant que les mystérieux volumes mentionnés tout au long des courts récits compilés sous le titre Légendes du mythe de Cthulhu, volume 1 : l'Appel de Cthulhu : Necronomicon, Livre d'Eibon, De Vermis Misterii...

Passons la préface, lourd namedropping sauvage daté de 1968 et signée August Derleth, dont le nom est également inscrit sur la couverture, sous celui d'Howard Phillips Lovecraft, papa du monstre à tentacules qui donne son nom à la mythologie que nous allons explorer. Le monsieur Derleth est, comme bon nombre des auteurs regroupés dans cette anthologie, un des amis de Lovecraft, ayant participé à son univers du vivant de ce dernier et l'ayant étendu après sa mort, chose dont il aurait bien pu, à mon avis, se passer ; mais je m'expliquerais plus tard.

Le premier texte intéressant que l'on croise donc est la nouvelle à l'origine de tout le reste, à savoir L'Appel de Cthulhu. Étonnamment, c'est l'unique œuvre que l'on croise de Lovecraft dans ce bouquin, si l'on excepte toute sa mythologie qui est elle même une œuvre à proprement parler. En une quarantaine de pages, l'auteur pose non pas l'intégralité du mythe, mais tout son esprit, à travers une enquête d'armchair detective du surnaturel. C'est en effet par une antithèse de la nouvelle fantastique telle qu'on en apprend les ficelles au collège (à savoir : "mais bon Dieu, est-ce que c'est-y bien la vraie réalité vraie que je touche de mon esprit là parce que c'est quand même vachement chelou ça ?!") que cet univers s'ouvre : il n'y a pas de doute sur l'existence d'êtres surnaturels, certitude renforcée par la narration d'un personnage d'un scepticisme flagrant qui accumule au fil des paragraphes les preuves d'autre chose. Et là, point poncif. Ce type de personnage du positivisme le plus entier est l'archétype du héros lovecraftien, personnage principal de toutes les nouvelles du recueil sauf une, l'y troquant pour un artiste, rêveur romantique mais pas moins érudit. Car appréhender ce qu'il se passe dans l'ombre, les sombres cultes et dieux oubliés, requiert un minimum de connaissance, tant en sciences qu'en anthropologie, en littérature antique ou en archéologie...

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C'est un idéal d'homme-cerveau que l'on nous présente, et je me risquerai - certainement sans parier grand chose, mais n'étant pas un expert dans le domaine mais juste un simple lecteur - je me risquerai donc à supposer qu'il s'agit d'une vision plus ou moins idéalisée de l'auteur lui-même. Quoique "idéalisé" ne soit pas le bon mot, tant la plongée totale du narrateur de La Pelle de Cthulhu dans le désespoir, ne pouvant oublier cette terrifiante réalité ignorée dont il a découvert l’existence et ne souhaitant plus qu'attendre la mort. Nous noterons sans trop spoiler qu'à la fin de l'intrigue, il n'a rencontré en personne aucune des horreurs sur lesquelles il a enquêté, il aurait sinon déjà sombré dans la démence la plus profonde. Il n'y a pas grand espoir dans l'esprit de l’œuvre, et de l'auteur, relever ceci n'a rien d'extraordinaire, surtout si l'on considère ses premiers paragraphes. Bien que, à quasi un siècle d'intervalle (ça date des années vingt environ), sa prose ne fasse plus vibrer les stéréotypes de l'époque (et que, ne l'ayant pas connu je déduis hasardeusement : colonialisme, terres inconnues d'une époque où le globe entier ne pouvait être vu depuis l'espace, probablement des restes de première guerre mondiale...), on ressent toujours l'atmosphère d'exotisme étrange, teinté d'une touche rétro (et des stéréotypes que le XXIème siècle y applique). Et si on compte les tentacules, on peut appeler ça un hentai vintage (#désolé).

VENONS-EN AUX TENTACULES, OUI ! Parce que appeler Cthulhu pendant des plombes comme des cons sans en toucher deux mots, ça fait un peu la lose. Quoique, s'y aventurer plus ne délivrerait pas plus que ce qui est contenu sur sa page chez Wikipatate mais ne serait finalement qu'une version condensée, désossée et vidée de sa substance de la nouvelle susnommée (plus ça m'emmerde de perdre du temps à faire quelque chose qui a déjà été fait et n'a donc pas grand intérêt). Aussi, démerdez-vous vous-mêmes. Rester dans l'ignorance est peut-être mieux, et me permettra d'utiliser le même artifice que la moitié des auteurs ayant repris le mythe... Point poncif, deuxième : quand on fait une description dans un texte se voulant héritier de Lovecraft, on insiste bien sur les mots "horreur", "indescriptible", et caetera et dérivés, et on en abuse, parce que ça veut tout dire mais sans rien dire, c'est facile, spammable à l'envi, et si ton lecteur est un péon moyen il va faire dans son froc même si ton histoire est objectivement pas folichonne mais juste parce que le vieux en face on sent qu'il a peur de ses secrets trop obscurs. Je répète hein, il faut bien INSISTER sur comment le narrateur a un pressentiment horrible, ne pas décrire en quoi ça l'est effectivement, mais le RÉPÉTER ; ça permet aussi d'obtenir une atmosphère lourde à peu de frais de grattage de peinture. Certes, jouer sur la peur de l'inconnu, c'est bien, c'est même la pierre angulaire du mythe, mais le transformer en un fil rouge qui s'épaissit jusqu'à devenir une corde à la fin du recueil c'est assez lourdingue. Reste que cela pourrait être mis sur le dos de celui qui a sélectionné les nouvelles éditées, mais bon, abuser de telles astuces, c'est PAS BIEN.

Et pourtant il y a un point essentiel du charme lovecraftien que la brochette de scribouillards d'histoires nihilistes qui le suivait a totalement passé sous silence, n'osant pas tirer sur cette ficelle qui serait aujourd'hui qualifiée de honteuse tant elle est devenue socialement inacceptable. Il s'agit bien entendu de ce délicieux racisme latent, suintant de chaque description de rite étrange de cultistes arriérés proférant des conneries incompréhensible et imprononçables par l'Homme Civilisé moyen sans recracher la moitié de son bol de céréales au poulpe. Délicieux, oui ; pour l'amateur éclairé d'humour décadent. Au delà du crachat systématique sur les noirs et les arabes - pas si insistant que ça car il semble "normal" dans la logique de l'auteur - et leur religion de dieux attardés, débiles et inhumains, on devine un mépris plus général pour l'intégralité de l'espèce humaine, qui finira de toutes façon bien par crever. Il a le droit de penser ça, il a inventé le conspirationnisme avec des aliens avant l'heure.

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Mais passons aux autres nouvelles. Talion, de Clark Ashton Smith, s'écarte quelque peu des divinités enfouies pour venir sur une intrigue de huis clos ma foi fort sympathique. Du même auteur, Ubbo-Sathla tente des descriptions d'indescriptible, expérimente et s'aventure aux confins de notre univers, toujours bien écrit. A noter qu'il s'agit de la seule nouvelle narrée à la troisième personne, car un regard extérieur permet de mieux voir ce qu'il se passe dans le personnage principal. Vient La Pierre noire, de Robert Ervin Howard, créateur de Conan le Barbare, qui insiste moins sur le caractère sceptique de son héros, qui est plus curieux qu'autre chose.

Suivent alors les deux grands textes du recueil, tous deux de Frank Belknap Long : Les Chiens de Tindalos et Les Mangeuses d'espace. Deux nouvelles qui éclipsent toutes les autres, les font passer pour non-remarquables malgré toutes leurs qualités littéraires et imaginaires. Long les poutre tous. On a le poncif du personnage principal (j'ai failli dire "héros", comme si il y avait quelque chose d'héroïque dans Lovecraft, n'est-ce pas monsieur Derleth ?) positiviste convaincu, qui ne jure que par la science et ce qu'elle peut démontrer, ce qui est compréhensible. Face à ça, des fulgurances merveilleuses d'inconnu à explorer. Long remet l'Homme à sa place, il n'est sinon rien, pas grand chose, de même pour ce qu'il peut percevoir de l'univers : "Le temps n'est que notre perception imparfaite d'une autre dimension de l'espace." Citation que je rapprocherai d'un passage du manga Ghost in the Shell ou le Marionnettiste développe la thèse comme quoi "L'univers que nous connaissons n'est qu'une possibilité parmi 2^n!...", que des éléments les plus basiques de la matière, du tissu même de la réalité, il aurait pu émerger par division et assemblage un système, un univers, entièrement différent. Long, un bon demi-siècle avant, part dans l'indescriptible le plus total, quelque chose qui n'est pas de ce monde, quelque chose de totalement nouveau, hors de la portée de l'esprit cartésien et prenant pourtant pour point de départ des hypothèses se basant sur ce qu'il y a de plus scientifique et rationnel. Il donne du crédit à son idée originale et la tisse dans quelque chose que l'on n'avait jamais imaginé, il réussit à faire des images, à poser sur papier quelque pensée dépassant ce que nos cinq sens peuvent discerner. Ce qui en fait sa plus grande force, mais aussi une légère déception. D'un côté le texte, le langage pur, une transcription de ce qui lui passe par la tête et non une représentation de ce qu'il voit permet de faire marcher l'imaginaire à plein régime, dépassant les contraintes sensorielles, mais de l'autre, on se dit que, avec les moyens actuels, on pourrait en faire plus qu'un simple texte, qu'on pourrait éventuellement en faire une expérience totale, passer de moins représenter à plus représenter (délire maladif et sûrement trop optimiste).

Je conçois être un peu confus dans ce paragraphe, mais là encore, je ne veux dénaturer l’œuvre originale en la spoilant ou la réduisant, je voudrais plutôt y ajouter une réflexion ou un pseudo-décodage. Mais bon Dieu, je n'en suis qu'à baver mon admiration sur la première des deux nouvelles de Long, où il pose des idées et des concepts tout à fait révolutionnaires dans le petit monde de la littérature lovecraftienne, tout en étant d'une grande fidélité à son ambiance. Il a une telle justesse pour réussir à faire comprendre et appréhender ce qui est autre tout en réussissant à réécrire la trame de l'Univers lui-même, ce qui est hors de notre portée par des métaphores dont le manque apparent de sens veut tout dire et contient l'essence de l'absurdité de ce que l'on ne peut saisir. Et ceci est sur le plan physique, sur le plan moral il crée une folie sensée et des entités au delà du bien et du mal... Tout ceci est expliqué avec une intelligence rare par les personnages eux-même et je me rend compte que, finalement, à part l'encenser, je n'ai pas grand chose à ajouter.

Si, en fait, je pourrais continuer sur sa seconde nouvelle dans ce recueil qui joue sur d'autres pans de l'imperceptible pour les pauvres humains que nous sommes : la peur de l'inconnu. Il se passe des choses pas nettes, l'on ne sait pas pourquoi, l'on ne sait pas comment, mais c'est horrible. Le jeu sur ce qui est dit, sur ce que les personnages savent, parvient à distiller une tension sur tout le texte. Et au final, on ne comprendra pas. Ou si peu. Juste qu'il s'agit de quelque chose que l'on ne peut pas comprendre, qui vient d'autre part et réactive les instincts de survie les plus primaires chez les fuyards, tandis que seules ses victimes peuvent la voir car, nichée dans leur cerveau, où se trouvent les aires de représentation visuelle ou auditive, elle peut leur apparaître en des illusions ayant des formes "compréhensibles"... J'ai spoilé, mea culpa, mais si peu, juste parce que je ne pouvais résister à l'envie de partager ce qui n'est expliqué qu'à demi mot dans la nouvelle mais qui se révèle être une idée géniale, accentuant l'horreur en lui donnant quelques fondements dans la science. Tout avance vite, sans que l'on ne saisisse l'essence même de la terreur, et c'est justement cela qui est terrifiant, on passe une scène de chirurgie fort heureusement racontée par un personnage qui est au moins aussi dégoûté que moi par ce genre de choses et on arrive à un final désespéré, au delà de toute compréhension, où le condamné ne peut être sauvé.

L'Habitant de l'ombre et Au-delà du seuil sont les deux textes suivant et font, par rapport aux précendents, très, très pâle figure. L'auteur de ceux-ci est le même que celui de la préface, peu intéressante. Là où Derleth, écrivant au demeurant des récits loin d'être dégueulasses (quoique, Nyarlathotep quand même), faile lamentablement, c'est sur deux points, ignorant totalement l'essence même du mythe de Chtulu tel que le racontait Lovecraft. Primo, et cela a déjà été noté dans les quelques pages d'une célèbre encyclopédie en ligne qu'il ne faut pas citer dans ses devoirs, il introduit des divinités positives. POSITIVES PUTAIN. De l'espoir, dans mon Cthulhu ?! Nein, niet, nada, prout. Qu'il y ait de la baston entre des divinités majeures et mineures, au delà de toute moralité comme les décrivait si bien Long, je veux bien, mais leur coller une notion du bien et du mal on ne peut plus anthropocentrée ça chie ouvertement sur deux principes fondateurs de l’œuvre : le cynisme latent et la réduction de la place de l'être humain à un grain de sable dans l'univers. A cela s'ajoute un autre point sur lequel je peux encore encenser Long et descendre Derleth (quoique, étant tous les deux des macchabées, je peux y aller, ça ne sert plus à grand chose) : la réduction - il n'y a pas d'autre mot - des divinités extérieures aux quatre éléments. MAIS PUTAIN POURQUOI ?! Les Anciens ne viennent pas de la Terre, ils viennent d'autre part, au delà de notre galaxie voire même au delà de notre dimension, de notre plan d’existence, de tout et n'importe quoi qui soit lié à ce que nos pauvres perceptions humaines puissent appréhender. C'est tout le contraire des Chiens de Tindalos, que l'on ne peut vraiment pas décrire en notre langage parce qu'ils sont autre chose, que l'on a jamais pu rencontrer. Derleth est horriblement terre à terre (avec mauvais jeu de mots), cherchant peut-être à rattacher son mythe à des traditions occultes antérieures pour lui donner plus de poids et trahissant l'esprit original de celui-ci (tout du moins à mon sens). Il rationalise ce qui ne peut être rationalisé, abaissant par une petite modification le potentiel d'inconnu, et donc de la terreur associée, de ces êtres sans âge. Zoidberg est un putain d'animal aquatique, Cthulhu, lui, est une forme de vie qui transcende le temps et l'espace, peut déchirer les dimensions, dépasse le simple état de matière tel qu'on l'entend, il est d'une autre réalité et même la cité où il repose sur Terre échappe à toute géométrie. C'est du Sycma 4 par nature, tout simplement parce qu'on ne peut le rattacher à rien de connu. C'est avec ce genre d'approximations massives qu'on se retrouve avec des nouvelles pas mauvaises mais pas palpitantes, qui tiendraient plus du Scooby-Doo sous acides que du véritable délire de cultiste taré.

(Je tiens à préciser que je vais mater cet anime. En entier. Oui.)

Le final est, par certains côté, amusant, car, dans Le Tueur stellaire, Robert Bloch se détache du poncif du héros cartésien pour un écrivain à la curiosité débordante qui correspond avec un étrange érudit habitant la ville de Providence, n'étant pas nommé mais ayant très certainement pour initiales H.P. L.

Je peux refermer le livre, j'ai terminé la dernière page. Mais je veux bien évidemment en lire plus, même si ne sachant pas forcément sur quelle édition me pencher. Reste que j'ai découvert des auteurs assez géniaux et me pencherai également sur la bibliographie de Long en plus de celle de Lovecraft. Et, qui sait, peut-être qu'un jour je trouverai des idées dignes d'une tentative d'ajouter ma pierre au grand édifice de textes divers constituant le mythe de Cthulhu.

J'dis d'la merde #1 : Gastronomie participative

"J'vous la fais en une demi heure la page."

Tenu. Une demi heure, une assiette de curry à moitié entamée, des bouteilles de bière vide au milieu de la table : c'est ça, le journalisme gonzo. En collant du riz partout, car tout bon journaliste total prend son déjeuner vers 15 heures, notre bien aimé rédac chef pianote furieusement. Et il avale aussi. Parce que putain il est bon le curry, même si il arrache sa mère.

Bref, ce dimanche, c'est primaire socialiste. Et à Bamako, nous rapporte notre envoyé spécial, on en à rien à branler. Le jour du seigneur se transforme en péripapétitienne à 1€ pour le second tour qui oppose le flan d'Europe de l'Est et le bon brie de chez nous. Spoilers : les résultats sont déjà tombés, tu sais qui a gagné.

Mais quand on est dans le feu de l'action, c'est tout autre chose, l'incertitude règne... Un peu. Car sur cette jolie page rose péku, camarade, le peuple parie. Le titre en gros comics sans MS dégueulasse est on ne peut plus clair : la page ne tiendra pas 6 heures, deux portraits pas à jour et peu flatteurs, deux pourcentages à noter. Notez bien : c'est gratuit. C'est proche du peuple ça ! Journalisme de terrain sans bouger son cul du fauteuil et finis donc ton curry ou tu monteras à douze sur le tata-o-mètre.

Photos-0010.jpg Tension à la rédaction.

C'est l'effervescence ! Un pari, deux ! Le site tombe ! Et il revient ! C'est vrai qu'une affluence historique de trente péons c'est super dur à supporter. Dans la pièce d'à côté, on entend les trois quarts de la rédaction, dont un poney, qui se marrent comme des cons en matant Mon Petit Poney. C'est pour les pages culturelles. Qui seront roses, elles aussi.

J'avais dit trente, et je corrige, le chiffre exact est de trente-cinq ! C'est ça aussi le journalisme total, écrire un article avec plus d'une semaine de retard et toujours publier les nouvelles fraîches de précipitations ! Et comme on est (pas trop) des putes, vos IPs, on les garde pour nous et les mafias des pays de l'Est. Genre la Belgique.

Mais en fait le gonzo journalism, c'est pas si mal, comme les animes que faisait Gonzo avant de devenir un gros studio de manches, parce qu'on dénombre pas moins de 5 votes blancs blancs blancs blancs blancs. Bah ouais, on est super démocratiques nous, on laisse s'exprimer les minorités qui sont pas trop de couleur. Les pauvres, c'est vrai que si le monde va mal, c'est bien la faute de ces foutus niaks... Ha merde, mauvais discours politique. On m'a pourri mes fiches là... Ca doit être mon collègue daltonien, il est un peu con mais on le garde quand même pour les quotas.

Parlons chiffres tiens ! Tu l'as vue ma grosse transition totale ? Nan parce que les chiffres ça fait sérieux. On a donc heu... Un certain nombre de gars n'ayant, je cite pour pas avoir trop d'emmerdes si on croit que c'est moi qui dit des trucs méchants : "pas le niveau d'un gamin de primaire". Moi j'ai une excuse, j'aime pas les numéros et c'est mon rédac chef chéri qui a calculé l'autre machin de mon pari. Il est trop fort ce type, je crois que je l'aime.

Autre fait marquant : la balance penche largement du côté du mâââÂÂle. Pfrt. Désolé, c'est nerveux. Mais d'un autre côté, on peut comprendre, après le dernier fail, un parti politique aussi moderne doit s'adapter à la mysoginie latente de la France d'après guerre.

Et après bah y'a des paris et... Des numéros en plus... Et... Donc... Voilà...

Ouais non en fait c'est chiant ça, le public il veut pas ça, il veut de l'entertainment. En plus je m'en cogne moi j'ai fait un truc au hasard. Donc là on va mettre une explosion, un plan nichon Arianne M et on se trouvera un invité super hype auquel on posera des questions de merde. Et ça, c'est du GRAND journalisme total.

Rayman 3, ou mon retrotrip à moi.

C'était un beau jour de mars de la décennie dernière que, dans l'euphorie caractéristique d'un anniversaire, je déballai avec joie ma première console de salon : une GameCube. Avec elle, une carte mémoire qui allait plus tard me poser problème avec Sonic Adventure 2 Battle, et deux jeux : Pikmin, que je n'avancerai quasiment pas, et Rayman 3, que je finis par abandonner au dernier monde, frustré par la longueur de l'antépénultième niveau et achevé par un plantage de la console juste quand j'avais enfin dépassé mon point de mort répétée.

Si il en avait un, Rayman aurait chié dans son froc.

Cela dit, ça ne m'a pas empêché de bien m'éclater, refaisant les mondes que j'avais déjà bien maîtrisé, profitant de l'arrivée d'un copain pour lancer le merveilleux mini-jeu de course/tetris en combo avec la GBA (le summum de la connectivité qui ne fut jamais atteint voire même retenté depuis) ou encore en me matant en boucle les hilarants "Wanna kick Rayman". Courts, référentiels, parfaitement débiles et débordant d'une violence cartoonesque parfaitement insoutenables pour les zigomatiques, et ce encore sept ans après.

J'vous ai déjà dit que ce jeu était fondamentalement, et est d'ailleurs toujours, MARRANT. Oui, en majuscules, et j'pourrais même rajouter du gras. Mais non, n'abusons pas des bonnes choses. Et Dieu que c'est bon de se tartiner de beurre salé entre les... Ha...

Et en fait, Rayman 3, c'est quoi ? Un jeu de plate-formes 3D, bien coloré de partout qui t'explose la rétine à autre chose que du marron gris avec des gros flingues compensatoires. Je te parle petit d'un temps où le jeu vidéo était une activité noble, avant, quand c'était mieux. C'est l'histoire de la génération précédente, celle dont la 3D flatte encore l’œil aujourd'hui, même si elle a quand même un p'tit peu vieilli surtout au niveau des textures un peu cradasses. Que dis-je histoire, c'est de l'Histoire ! Cette époque bénie de la divine manette GameCube, ô merveille d'ergonomie sur tous les points (mis à part ce foutu bouton Z). Cette époque qui, maintenant qu'elle est révolue, est la couche supérieure du rétrogaming, celle dont émerge encore cette PS2 increvable, ce gros caillou (private joke, soulignons-le) dans la chaussure de sa petite sœur la Troisième qui a sacrifié sa rétrocompatibilité pour que son ainée survive encore et pour faire un peu plus d'argent de poche à Monsieur S. le pimp.

Et voilà qu'au début du mois de juin 2011, soit bien sept ans après que je n'aie jamais fini Rayman 3, déboule à l'E3 une présentation surbandante de Rayman Origins, avec du bon accent français en prime. Et là, c'est le drame : nostalgia attack. Une crise un peu subite avec des bons souvenirs qui remontent au fur et à mesure que j'avance dans les niveaux du jeu, du Concile des Fées au Désert des Knaarens en passant par les Marais Crapoteux et... Bien sûr, bien sûr, les on ne peut plus épiques entre-niveaux, warpzones psychédéliques où l'on skate le long de barres de lumières avec une musique funky et une dose d'acide par écran interposé. Et le pire, c'est que ça se permet d'avoir des passages assez relevés une fois qu'on a bien le truc en main. N'oublions pas également les titanesques phases de course de chaussure de course où on doit défoncer l'autre grolle de Rayman qui tente de se faire la malle. Oui oui, c'est parfaitement normal.

J'ai mangé de l'acide par les yeux.

Mais, fort heureusement car ça ferait peur aux gens, l'on ne tombe pas directement sur ces merveilleux passages au lancement du jeu. Dans la Contrée des Rêves, depuis cet après midi, c'est un peu le bazar ! Sous l'influence d'André, le premier des lums noirs, les lums rouges se transforment en lums noirs et, en prenant l'uniforme de hoodlums sèment la terreur partout où ils passent ! Quant à Globox, le BFF de Rayman, il est celui qui a le plus de raisons d'être terrifié : ce gland a avalé André qui se retrouve coincé dans son bide ! Destination : le docteur ! Mais, sur le chemin, se dresse l'armée de hoodlums comptant bien étriper le gros machin bleu pour récupérer leur chef. On va donc, comme promis dans le génialissime manuel qui se permet d'apparaître dans le jeu d'un habile éclatage de quatrième mur, dessouder du vilain pas beau et en plus pas futé ! Yay ! Le tout dans une ambiance barrée et colorée, débile à souhait aux dialogues savoureux bénéficiant d'un doublage soulignant à merveille chacune des blagues et autres références (Black Lumsa, comprise sept ans après.). En bref : que du bon.

Aussi connu sous le nom de "La référence obvious à Spider-Man qui vient de sortir".

Les puristes crieront au scandale (en fait, il(s) l'ont déjà fait...) mais je me suis (re)fini Rayman 3 sur PC. Avec ma manette de Xbox 360. Que je n'aime pas vraiment. L'ergonomie est finie à la pisse mais ça a le mérite d'être plus ou moins universellement reconnu. Sauf par les vieux jeux. Enfin, un programme de réassignation des touches vers le clavier (et même la souris !) plus tard, tout marche aussi bien que la SNCF en quarante... Désolé les familles toussa toussa.

Bref, nous voilà face à ce bon vieux platformer. Oui, bon. Oui, vieux. Tu le sens le coup de vieux là hein ? Bref, niveau gameplay, c'est assez simple. Sauter toujours plus loin ! Jeter les poings du héros sans bras dans la tronche des ennemis ! Des pouvoirs ! Pas révolutionnaire (en tout cas vu d'ici), mais bien efficace. Cela dit, on peut pinailler sur une bonne partie des sauts qui se fait au milipoil, nécessitant de se rattraper au bord de la plate forme visée et ce même en utilisant les cheveux-hélicoptère de notre héros franco-français. Pour ce qui est des pouvoirs spéciaux, ils sont assez variés, utilisables dans un temps limité pour avancer un peu différemment et ne sont donnés que lorsque le niveau l'exige, ou lorsqu'il est utilisable pour trouver un secret. Car Rayman 3 regorge de petits endroits cachés et gros bonus à scoring permettant de débloquer vidéos débiles et mini jeux bonus (débiles aussi). Autant dire que réussir le 100% à chaque niveau demande un minimum d'observation ou une soluce bien détaillée.

Oui oui, il vole avec ça.

Si la caméra est franchement loin d'être dégueulasse au début, ce qui est très agréable sur un jeu de ce genre, c'est sur la fin qu'elle commence à faire franchement n'importe quoi avec des angles par défaut assez chelous dans certaines situations. Et en fait, en y regardant de plus près, on se rend compte que la qualité globale du jeu va en déclinant légèrement sur la fin, commençant avec une caméra imbitable dans certains angles et des sauts approximatifs et atteignant l'apothéose étant la forme ultime du boss final, un monument d'absence de bêta test à la maniabilité juste immonde et aux réactions en chaîne punitives.

Cela m'a enfin ouvert les yeux sur le fait que les boss à plusieurs formes c'est le MAL ABSOLU, c'est CHIANT, c'est RELOU, c'est ARTIFICIEL et bourré de FAUSSES BONNES IDEES DE GAMEPLAY. Ça rallonge la fin et au final, ça laisse sur sa faim. On a un gros machin immonde de plus en plus gros et après bah... Rien. C'est la fin. Remballez. On a plus rien à dire. C'est d'un frustrant ! Jusqu'à présent, seule la série des Metal Gear Solid et des No More Heroes a réussi à me proposer des finaux brutaux mais pas trop. C'est brutal au sens que le boss fight est épique, enchaînant les ennemis de manière logique, amenant une progression de l'histoire et terminant celle-ci de manière pas trop brutale, sans passer directement à autre chose, en prenant le temps d'être bon jusque dans ses dernières minutes (ou alors en faisant n'importe quoi, mais ça c'est Suda51 et c'est un GENIE). Bref, sans laisser sur sa faim (on répète le jeu de mots pour qu'il soit bien compris) : il y a un vrai dessert, et pas un p'tit yaourt au sucre bon mais sans plus. C'est... DU KOUIGN AMANN. Et Rayman 3 bah... C'est un yaourt aux fruits de marque distributeur, c'est correct, c'est pas dégueu, mais il manque quelque chose.

...

MOI J'AIME LE YAOURT ! ET RAYMAN 3 AUSSI ! JOUEZ-Y ! (Avec le yaourt j'entends.)

Le Quai des Bulles 2010, ou le carnet de notes d'un apprenti journaliste sans carte de presse.

C'est fou comme un simple badge peut ouvrir des portes... Et on s'en rend mieux compte quand on n'en a pas. Bonjour la marche à pied de la gare jusqu'aux remparts ! (VIVIFIANT !) Bonjour la queue à la billetterie ! Bonjour la re-queue devant les auteurs ! (Insérer une blague phallique ici.) Et donc, alors que le journaliste va pouvoir inspecter, discuter, jouir (owi) de privilèges, tout ça pour ses lecteurs chéris, le bloggeur amateur, l'ambassadeur du journalisme total, vous livre ici un point de vue tout à fait inédit : celui du visiteur. Innovation ! Investigation !

Mais dis donc, copain Vengeur (non toi t'es pas mon ami), pourquoi tu nous le fait aussi tard ton rapport sur le gros machin de la vieille bédé à papa ? Sache donc (petit con, va), que la présente éloge au retard a une explication fort convaincante. Tu ne le savais sûrement pas, mais le Slippé fait des études, éwé, et il a préféré attendre d'avoir le résultat de son beau boulot avant d'en faire profiter l'internet mondial ! Quoi ? Du boulot ? Ouais : écriture professionnelle, et donc article. Sur sujet au choix. COOL. Saint-Malo est à moins d'une heure grâce à nos amis de l'Hassan Séhéf ? YAY ! On chope son sac et son carnet et here we go pour ce que les mauvaises langues pourront appeler un festival en mousse !

Pour lire l'article, cliquez. (Et oui, une grosse image avec une belle mise en page, si c'est pas génial ça !)

Et c'est à ce moment là qu'on se rend compte que "Merde, deux pages c'est rien en fait, j'ai dû charcuter comme un gros porc pour y coller du contenu". Et donc, grâce à la magie de l'internet, on fait une Director's Cut. Suivent donc les interviews complètes et pas préparées du tout parce que je suis un mauvais des très sympas et accueillants (mais je suis pas censé le dire ça nique leur réputation) auteurs de chez Warum / Vraoum que sont Wandrille (éditeur et dessinateur scénariste), Navo (la Bande Pas Dessinée) et Gad (Ultimex) !

On commence donc par le sieur Wandrille auquel on pose une petite question à la con et qu'il arrive à en sortir un discours continu de cinq minutes super intéressant.

Comment avez-vous commencé à dessiner ? Et comment on en vient à devenir éditeur ?

La question de base c'est : pourquoi dessiner. Ça, la plupart du temps, c'est la même réponse. Il y a une passion, on a envie de faire ça quand on est gosse, on dit que c'est un métier d'avenir alors que dans les faits, pas du tout c'est un truc de crève misère. Du coup on se met à dessiner de plus en plus, on arrête pas, les gens disent "Oh mais tu as un don, tu devrais faire de la bande dessinée !". Et donc ça tombe bien. Et puis on jour on se dit qu'on va faire une école plus ou moins... Ou pas, il y a des autodidactes. Moi en l’occurrence j'ai fait une école où j'ai rencontré mon associé, Benoît Preteseille, et nous sommes allés tous les deux aux Arts Décoratifs à Paris, qui est donc une école d'arts appliqués, très prestigieuse et moi j'y faisais de la vidéo et Benoît y faisait de la scénographie, parce qu'on nous a bien expliqué que la bande dessinée c'était pas de l'art. Comme on nous a expliqué que la BD c'était pas de l'art et qu'on pouvait pas en faire, bah on a fait d'autres trucs, mais en loucedé on faisait déjà des petites autoprod', qui étaient des petits bouquins qu'on fabriquait qui avaient une dizaine, une quinzaine de pages, qu'on reliait à l'arrache avec une couverture qu'on sérigraphiait à l'école et qu'on vendrait 2~3€ à nos potes. Ça il y a pas mal de gens qui le faisaient, sauf que nous on avait fait en plus la démarche d'aller en librairie et de les laisser en dépôt contre un pourcentage de 30 ou 40% pour le libraire, selon. Et on revenait en librairie, donc on avait fait ça dans une dizaine, quinzaine de librairies.

Benoît avait un truc qui s'appelait les Éditions Ion, qu'il a relancé cette année, et moi j'avais quelque chose qui s'appelait les Éditions Pierre Papier Ciseaux où je teste encore des petites autoprod' de temps en temps, dune quinzaine de pages avant de les relancer en gros dans Warum. Et puis à la sortie, on savait pas trop quoi faire, et puis moi j'ai croisé un ami de mes parents qui était éditeur, qui m'a expliqué tout le boulot d'éditeur et qui m'a dit "Ne fait surtout pas ça c'est le boulot du diable". Boh c'était un éditeur religieux. Et donc, une demi-heure après j'ai croisé Benoît qui me dit "tu fais quoi l'an prochain ?" et le lui dis bah "éditeur". Et il m'a dit bah "moi aussi". Et on est parti sur un malentendu comme ça et on s'est mis à faire. Moi je lui ai dit "on va le faire ensemble", à la parisienne, c'est à dire que j'en pensais pas un mot, mais lui il est provincial, ce con, et il l'a pris sérieusement. Les provinciaux hahahaha ! Voilà comment on est partis, il y avait un bouquin à lui, un bouquin à moi... Ça c'était il y a 6, 7 ans, c'était en 2004. Et un bouquin qu'on voulait faire tous les deux en fait au départ et puis, moi je voulais faire le Moi je, que j'avais déjà micro édité dans Pierre Papier Ciseaux et qui avait déjà été un succès. Et donc on a continué comme ça et on a lancé nos quatre premiers bouquins mais on avait encore jamais travaillé avec un imprimeur. Donc quand tu travailles avec un imprimeur, le problème c'est que tout de suite il faut avoir des quantités minimum, c'est à dire qu'en dessous de 500-600 exemplaires, c'est plus trop intéressant, ça coûte trop cher à l'exemplaire. Et donc du coup on est partis comme ça, en comptant le... (joie, vente d'un livre et d'un t shirt)

Et donc on a sortis comme ça nos quatre premiers livres. Le tout premier en fait c'était le mien, c'était le In love with Mauricette qui était avec... Et donc toute la question c'est de savoir... On savait à peu près quel papier utiliser parce qu'on avait vu un papier qui nous plaisait bien, on savait à peu près quel format, on voulait pas faire de couverture cartonnée parce que ça coûtait trop cher, donc on faisait des rabats parce que ça rigidifiait le livre, tout en étant pas trop cher en fabrication. Mais on connaissait le prix de vente, à peu près, parce qu'on voyait ce que faisait la concurrence, n'est-ce pas ? Mais on savait pas le tirage. Et donc moi j'ai pris la liste de tous mes potes et je me suis dit « combien j'en vends, en vente directe, de toi à moi, sans un libraire qui prend 30, 40% ou un distributeur qui prend 50 ou 60, 55% quoi ». Et donc il se trouve que j'ai plein d'amis, qui sont riches, et donc j'ai calculé que j'en vendais 150 en vente directe. Et j'en ai vendu effectivement 156. Et donc après, tout ce que vendait le distributeur, c'était que du gras. Parce que si j'avais compté juste que sur le distributeur, vu qu'il prenait 56% à l'époque du prix de vente, et bien à chaque fois qu'il vendait un album, je perdais 20 centimes. Voilà donc c'était pas intéressant du tout.

Et donc voilà, donc on a commencé comme ça, l'idée c'était de se faire repérer et puis perdre du temps et de l'argent, et puis bon on a tout foiré, on a pas perdu de temps, pas perdu d'argent mais on s'est pas fait repérer. Enfin, quoique si parce que la Benoît vient de sortir L'art et le sang chez Cornelius donc finalement ça a un peu payé. Et puis on a travaillé avec d'autres gens, et au bout de 3 ans, on a monté Vraoum. C'est à dire que sur Warum, Benoît et moi on garde la ligne éditoriale et sur Vraoum c'est uniquement moi qui ait la ligne éditoriale. Et en fait il se trouve que moi je suis un peu la tête chercheuse commerciale du binôme et Benoît est plus artistique avec des trucs plus difficilement commerciaux, enfin, qui se vendent moins bien. Et donc du coup, Benoît m'a dit « Ben écoute, moi je te fais confiance, allons-y » Et donc j'ai commencé en éditant des copains blogueurs, puisque j'étais blogueur moi-même, et donc on a édité monsieur le chien, on a édité un livre de Bastien Vivès, et puis on a commencé comme ça, et maintenant on travaille avec Navo, avec Gad, avec beaucoup de gens issus du blog, puisque c'est un peu ma famille d'auteurs, et voilà. Et bon, c'est des tirages qui oscillent entre 500 exemplaires pour les trucs très très compliqués et 2, 3000 pour les trucs les plus faciles.

Et puis bon, il y a aussi... bon Il se trouve qu'on a un best seller qui est le Moi je d'Aude Picault qu'on a vendu à 18000 exemplaires, et on découvre encore tout plein de trucs, puisque là cette année, pour la première fois, j'étais à Francfort pour la foire internationale où on vend les droits aux éditeurs étrangers et on achète des droits. Moi j'étais plus pour vendre que pour acheter, hein. Et bon bah il y a encore plein de choses à faire, puis maintenant il y a le livre virtuel...

On a déjà vendu les droits du Moi je en Espagne, on a fait La tante sur le toit au Japon, et ouais on a déjà vendu les droits une ou deux fois ailleurs et on a fait des adaptations puisque La tante sur le toit c'est une adaptation d'une nouvelle, et puis on a fait une adaptation de L'écume des jours, donc là aussi il a fallu acheter les droits. Et puis là on travaille sur une adaptation d'un livre américain, même chose, on achète encore des droits, c'est toujours un peu compliqué, il y a des trucs de pourcentages, de machins. Bon bref c'est un gros gros métier l'édition, et nous ça marche dans la mesure où on se paie pas, hein disons le. (c'est moi qui ait fait ce livre ! C'est moi c'est moi c'est moi !)

L'édition, ça marche bien ?

L'édition on en vit pas, il faut savoir, enfin il y a des gens qui en vivent mais pas dans l'édition indépendante. Enfin moi, comme éditeur, je me paie pas, comme auteur, c'est assez rare de toucher des droits importants. (interpelle un curieux pour lui dire que l'auteur est présent, enfin il va arriver sous peu) Donc non, on en vit pas. Enfin la bande dessinée, si on devenait riche avec, ça se saurait, sauf si tu t'appelles Van Hamme ou Goscinny et Uderzo, mais voilà il y a quelques grosses maisons d'édition qui vivent bien mais les petits éditeurs, on a tous des métiers à côté. Mais après, à partir du moment où tu rentres dans cette économie là, si tu fais des tirages un peu intelligents et que tu vises bien... Le truc d'un éditeur c'est pas de vendre un maximum, enfin si bien sûr mais c'est de vendre son tirage. Et ce qui coule beaucoup d'éditeurs c'est le tirage de trop. Nous on a fait des re-tirages de livres... bêtes quoi, des trucs qui nous ont plus, qu'on a en stock et tout et voilà quoi. Et ça c'est de l'argent qui bouge pas, c'est des stocks que t'as chez toi. Donc vraiment le job d'un éditeur c'est d'avoir l’œil, de savoir à peu près à combien tirer un livre et quand le retirer si il faut le retirer. Mais 4500 nouveautés par an, si tu veux, c'est difficile d'avoir des ouvrages de fond... La plupart des libraires, ton livre il arrive, il fait trois mois en librairie et puis après il repart, sauf si c'est un énorme succès. Sinon, non.

Pour la ligne éditoriale... ?

Il y a beaucoup d'éditeurs qui n'ont pas de ligne éditoriale, c'est à dire qu'ils font un peu de tout. Et c'est un peu la difficulté, c'est de réussir à trouver des choses qui se ressemblent et une cohérence d'ensemble. Parce que, quand tu es un éditeur, il faut trouver des trucs qui aient une famille, qu'il y ait une famille d'auteurs, et qu'il y ait aussi une cohérence graphique. (harangue un autre fan d'Ultimex) Donc oui c'est assez compliqué, ça demande d'avoir aussi une vision et tu reçois des projets qui sont biens, mais qui sont pas pour toi, parce que ça rentre pas dans ta ligne éditoriale. C'est pour ça que nous on a monté Vraoum après avoir monté Warum, c'est qu'on voulait qu'il y ait une cohérence entre les deux lignes.

Pour ce qui est de l'édition à l'étranger vous supervisez des trucs ou vous laissez libre ?

On vend les droits et on laisse les gens se démerder, c'est déjà bien assez de boulot de s'occuper de son propre truc. On est bien content quand on vend des droits déjà. Mais pour le moment on a pas été trop trahis donc ça va, les objets ont été assez beaux donc on est contents. Mais tu peux pas dire à un autre éditeur "tu vas faire ça", enfin c'est compliqué.

Et est-ce qu'ils gardent le même format qui est toujours un peu étrange, jamais celui des éditions "classiques" ?

Oui, en général l'éditeur fait assez peu de fioritures mais ça dépend, il y a certains éditeurs qui n'hésitent pas à agrandir, à donner plus de marge, pour faire rentrer dans un catalogue, parce qu'il y a aussi le problème de format où tu respectes le même format à chaque fois.

Et pourquoi ce format un peu spécial ?

Parce que en fait, quand tu édites un livre, y'a un format qui correspond au livre ou pas. Nous on a maintenant 5 ou 6 formats qu'on a développé au fur et à mesure parce que certains livres ne rentraient pas dans les formats qu'on avait, et tu fais pas un livre pour le faire rentrer dans une case ou dans une boîte. C'est à dire qu'on essaie à chaque fois de trouver le format qui va aller avec le livre, et pas trouver les livres qui vont rentrer dans le format. C'est un peu ridicule, c'est un peu penser à l'inverse. Donc du coup on a essayé de changer ça et de se débrouiller pour qu'en tout cas quand on trouve un livre vraiment particulier bah on fait un format particulier. On a fait Mu, qui est très grand, c'est parce que ça valait le coup.

Pour le futur, des projets ? Comment ça va évoluer ?

Dans le futur on a des suites, beaucoup, parce que là on a des projets comme la Bande Pas Dessinée, Ultimex, qui sont des projets qui ont rencontré leur public, et donc on continue à faire la suite. Et puis on a des projets... On a un projet sur la Palestine, on a un projet sur... On a des projets d'adaptation... Enfin des projets très étranges, et puis on a des petites collections qu'on continue régulièrement. C'est un peu que... Ça va ça vient, on découvre les choses au fur et à mesure

Comment ça fait d'être de l'autre côté au niveau du festival ?

Moi ça fait dix ans que je suis standiste donc je me rappelle plus comment ça fait d'être de votre côté du stand, c'est tout.

En suivant, on a Navo : concis et précis face à un type qui sait pas tout à fait ce qu'il fait.

La BPD, pourquoi, comment, et comment c'est arrivé chez Vraoum ?

Oula, alors attends... Euh... Alors, pourquoi ? Parce que... J't'emmerde, déjà. C'est par rapport au fait que j't'emmerde toi et tous les autres et du coup je me suis dit "autant le faire dans une BD", ce sera mieux pris et je pourrais faire de l'argent. Et comment c'est arrivé chez... En fait ouais, je faisais un blog depuis deux ans et demi, je crois, et à un moment je me suis dit : "je vais essayer de le faire en livre, je vais le faire moi-même". Mais avant de le faire moi-même je vais quand même poser la question à des gens, et une des premières personnes à qui j'ai posé la question c'était Wandrille et on s'est bien entendu parce qu'on s'est insulté. Et donc du coup je me suis dit : "Ah, il est bien ce mec là ! Je pense qu'il est bon pour la Bande Pas Dessinée." Alors on est parti ensemble et je dois dire qu'aujourd'hui j'en suis très heureux. Je suis un peu ému en parlant, je suis désolé.

Et pour finir, l'ami Gad, grâce à qui j'ai pu illustrer joliment mon article et donc faire genre que en fait il est pas tout pourri.

Ultimex, d'où ça vient, sa première apparition était visiblement les 24 heures de la BD ou avant... Donc d'où ça vient, pourquoi et comment c'est arrivé chez Vraoum, si c'est vous qui avez sollicité l'éditeur ou si c'est lui qui a trouvé que c'était bien ?

Un peu des deux. Alors à la base Ultimex ça vient... Parce que j'ai commencé à recopier un personnage que je trouvais dans une revue de faits divers un peu scabreux, une revue qui datait des années 1900, et il y avait ce qui s'appelait l’Œil de la Police. Il y avait toujours un œil qui jugeait les différents crimes très sévèrement. Et parfois cet œil était personnalisé avec un personnage qui avait un œil à la place de la tête. Et donc j'ai recopié ce personnage et très vite je lui ai mis cet œil sur un corps de type bodybuildé. Ensuite je me suis dit "putain, il manque de classe', et je lui ai collé un costard. Et très rapidement, et naturellement le nom d'Ultimex est venu et son tempérament également.

Et Ultimex, c'est une référence particulière ?

Non pas du...

Ou c'est juste que c'est super classe ?

Ouais, voilà, ouais ouais, je trouve que ça sonne bien en fait. Ça claque un peu Ultimex. Mais, je trouve rarement des bons titres et des bons noms en plus, donc là j'étais content tu vois. Mais c'est venu vraiment sans y réfléchir, c'est ça qui est amusant.

Et pour Steve aussi ?

Steve en fait, il arrive dès la deuxième aventure d'Ultimex, dans les tous premiers épisodes, et il me fallait un personnage secondaire comme ça et après, quand il m'a fallu un autre personnage secondaire, je me suis dit : "Tiens, je vais reprendre le même qu'on a déjà vu ici, et je vais en faire un personnage fixe en fait, qui revient à chaque fois." C'était plus simple, et puis c'est mieux comme ça il y a une complicité, une amitié, il y a un faire valoir, et c'est le principal. Le fait d'assumer clairement que le mec est un faire valoir je trouvais ça aussi très amusant. Le faire valoir prodige, ça vient des vielles bandes dessinées de Batman justement, où il y avait Batman et Robin, l'adolescent prodige, c'était ça le titre. Et je me suis dit non, c'est pas un adolescent, c'est juste un faire valoir. Et j'ai repris le titre pour Ultimex.

Alors ensuite comment ça s'est goupillé avec Warum pour éditer Ultimex... Bien, je savais déjà que Wandrille, tu sais, il a édité pas mal de personnes issues des blogs, bon je savais ça, et je voyais qu'il me laissait des coms de temps en temps. Il avait découvert le blog d'Ultimex, et il laissait des coms, et je voyais qu'il était plutôt enthousiaste et tout. Et je me suis dit "Tiens, ça peut être intéressant". Et, un jour il y avait Warum au Salon du Livre... Il y a... Trois ans maintenant. Et je me suis dit tiens, je vais aller faire un tour là bas, je vais lui dire qui je suis, je vais lui prendre une BD et je vais lui dire qui je suis. Donc du coup on a discuté un peu tous les deux, lui et moi, et il m'a dit "Hé mec, il faut qu'on fasse un album ensemble" Et c'est comme ça qu'est né le premier album, Le mauvais œil, chez Warum. Bah oui, c'est presque un compte de fées.

Et donc ça fait quoi de se retrouver maintenant de l'autre côté du stand ?

Et bien écoute, moi j'ai pas une très grande expérience des festivals mais j'avais fait Angoulème déjà, en 2007 je crois, quelque chose comme ça. Et ça m'avait beaucoup déçu, j'avais pas trouvé, j'avais trouvé ça plutôt impersonnel et tout... Mais là ça me fait découvrir une autre facette des festivals en fait... Je faisais peut-être pas très bien, en fin je sais pas j'étais pas... Maintenant je me marre plus en festival, en tout cas en tant qu'auteur. Et puis bon, il arrive qu'on rencontre les auteurs en vrai en tant qu'auteur, des auteurs qu'on admire et ça c'est la classe un peu de rencontrer les gens d'égal à égal même si ils me sont vraiment supérieurs, c'est quelque chose de sympa quand même. Quelque chose qui aurait pas forcément été possible en faisant trois heures de queue pour avoir un dessin fait en 5 minutes. Et ça c'est cool.

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